Dans les pas de mon guide... part 1

Dans les pas de mon guide... part 1

Fixer les souvenirs d'une expérience singulière et inoubliable, gravir le Toit de l'Europe, c'était l'objectif. Mais, c'était surtout un voyage vers cette montagne que l'on aime tant, avec les potes. Récit.

Dans les pas de mon guide... part 1

Après une journée entière en Van (ou jéjémobile), nous arrivons encore plein d'entrain à Chamonix... La joyeuse bande a les yeux grands ouverts en entrant dans Chamonix, capitale du trail et encore plus cette semaine avec les championnats du monde de skyrunning qui auront lieu le WE suivant. Nous apercevons la montagne qui s'élève des deux cotés de la vallée et c'est avec beaucoup d'humilité, de prudence mais aussi avec le plein d'envie que nous nous apprêtons à vivre une expérience pour le moins inoubliable: gravir le Mont Blanc en un aller/retour de Chamonix en moins de 24h !

Et c'est à James Kaler, guide de haute montagne de "Kariboo Adventure", que nous avons confié la (lourde) tâche de nous accompagner dans cette aventure. En effet, sa formule "Ecomontblanc" permet de proposer ce type d'aventure qui allie trail sur la première portion et alpinisme en cordée sur la partie finale. A Chamonix, nous sommes hébergés au "Chamoniard volant" (ça ne s'invente pas!) dans un petit dortoir à nous nous installons tous les 5. L'ambiance est au beau fixe, chacun défait ses petites affaires, le matériel inonde la pièce et prend déjà beaucoup de place dans la chambrée! Une petite ballade en soirée nous permettra de nous familiariser avec la jolie cité montagnarde. Maintenant au lit, la 2ème journée (lundi) est chargée: rencontre avec James, notre guide, Mer de Glace et familiarisation avec le matériel d'alpinisme , et enfin escalade pour finir l'après midi.

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Le petit déjeuner avalé, il est temps de se préparer et de s'équiper pour se rendre sur la Mer de Glace. Nous rencontrons James, guide de l'expédition et finisher du Tor des Géants pour les connaisseurs, bref une sacrée carte de visite ! Il nous donne notre paquetage (sac, piolet, casque, baudrier, crampons) qui ne nous quittera presque plus durant les 4 prochains jours ! Quelques minutes plus tard, nous faisons face à la Mer de Glace, c'est impressionnant ! Le temps est superbe. Il est difficile de percevoir la grandeur de cette mer de glace mais en s'y attardant un peu, on aperçoit des marcheurs dessus et l'on se rend compte alors de l'immensité de cet édifice! On y accède par une marche d'approche ponctuée d'échelles vertigineuses fixées sur la roche, on avance et il nous faut presqu'une heure pour fouler les premières glaces, c'est magique et pour le moins inhabituel pour nous, petits normands ! La descente a marqué notre première expérience d'encordage et il faut appréhender cette notion du rythme particulier où chacun se doit d'avancer quasi en même temps que le collègue, la corde doit en plus rester relativement tendue entre chacun des membres de la cordée. Une fois sur le glacier, nous nous délestons de nos liens et après un temps de découverte, nous chaussons les crampons sous nos chaussures de montagne. Le but de cette virée sur la mer de glace et avant tout de se familiariser avec le matériel d'alpinisme. Il faut faire des petits pas moins couteux en énergie et bien écarter les pieds pour ne pas se blesser avec les crampons acérés ! Nous sommes tous attentifs et à l'écoute de James car nous savons que tout cela sera précieux pendant l'ascension. Nous arrivons sur le site dévolu à "l'école de glace". Cette atmosphère glaciaire est assez surréaliste et nous nous apercevons que nous ne serons pas les seuls à expérimenter la marche en glacier: bon nombre de groupes sont aussi là pour apprendre ces techniques de base ! C'est amusant, on voit des files indiennes de marcheurs suivant leur guides sur des descentes abruptes, des montées, des devers, évoluant tels des manchots sur la banquise ! Je suis bien moins moqueur quand notre tour arrive ! pas facile d'appréhender toutes ces techniques en si peu de temps, mais nous y parvenons malgré tout ! Nous apprenons également à nous servir du piolet, qui sera notre compagnon pendant toute l'expédition, il faudra donc veiller à l'utiliser à bon escient !

Sur le chemin du retour, James nous fait courir avec les crampons au pied afin de prendre davantage confiance en nos appuis... Et nous nous en donnons à cœur joie, tels des gamins qui savourent leur récompense !!! Nous remontons les échelles et arrivons sur la gare à un bon rythme, première bonne suée de la journée pour ne pas louper le train. Nous déjeunons sur le trajet de retour qui nous ramène en vallée, c'est calme dans le train, on ressent bien les efforts déjà fournis. Pas de répit, on enchaine avec la session d'escalade qui aura lieu du coté des Houches, sur le rocher des Gaillands. C'est un site qui semble bien connu puisque bon nombre de grimpeurs sont présents sur les différentes parois et au pied de celles ci. On s'équipe avec le baudrier et le casque et c'est parti pour une session de familiarisation avec l'escalade... et plus précisément la désescalade face à la pente. En effet, pendant l'ascension, nous allons monter par l'arête du Gouter et la descendre au retour. Ce passage (environ 3h en montée et 2h en descente) sera le plus technique et fera appel à quelques notions d'escalade. Cette session de test est donc importante pour se rassurer... et rassurer notre guide sur nos aptitudes. Nous nous prêtons au jeu avec enthousiasme et enchainons les séquences de montée, de désescalade et d'assurage pendant une bonne heure et cela avec le soleil en prime ! c'est génial! Rendez vous est pris maintenant pour 18h30 et un apéro avec James et les 2 autres guides, Pascal et Pierre, qui nous accompagnerons lors de cette ascension. ce sera l'occasion de faire leur connaissance et nous y ferons un dernier briefing avant l'ascension prévue pour le lendemain.

Maintenant, retour au chamoniard volant car il faut finaliser la préparation de nos sacs: et ce n'est pas une mince affaire, c'est le moins que l'on puisse dire ! En effet, 3 sacs différents et pour chacun des membres sont nécessaires pour faire l'ascension. Le premier est celui que l'on porte dès le départ (casque, piolet, crampons et baudrier inclus), un deuxième sac est déposé avant notre arrivée au refuge du Nid d'Aigle par nos deux guides: il faut donc y prévoir des affaires adaptées à la rando de haute montagne puisque que l'on sera déjà à plus de 2300m d'altitude. Un troisième sac nous attendra au refuge de la Tête Rousse (3167m) avec nos affaires d'alpinisme... Il faut donc bien répartir nos affaires en anticipant aussi le trajet retour, les barres énergétiques et gels, etc... Tout un programme ! je vous laisse imaginer alors l'état de la chambre quand 5 apprentis alpinistes doivent finaliser la contenu des 3 sacs chacun en 1 heure, en prenant en compte toutes les infos que James nous a communiqué depuis le matin et avec le stress de veille d'ascension.... On ne se moque pas ;)

On ne traine pas c'est tout de même l'heure de l'apéro et nous nous rendons au "MBC" chargés de nos sacs à la rencontre de nos guides. Et là les bras nous en tombent... Nous voyons les guides et ils nous demandent "direct" si cela nous dérange pas de décaler l'ascension de 24h... La fenêtre météo semble plus appropriée dans 24h. Les premier sentiment est inexplicable, ça nous cloue surplace et nous étions tellement préparés à faire l'ascension dès le lendemain, d'autant plus avec la journée que nous venions de passer qui ne laissait pas présager de revirement météorologique. La raison vite retrouvée nous permettra de décaler cette ascension, pas question de prendre le moindre risque. Nous continuons malgré tout à discuter avec nos guides, notamment à propos d'une passion qui anime chacun d'entre nous autour de la table, le trail running, les courses qui font rêver, les pros et les anti UTMB.... les échanges sont pour le moins passionnés !

Nous retournons ensuite au gîte pour y diner copieusement et ce repas englouti, nous tentons de positiver ce report avec les idées d'activités pour demain... pas de surprise, nous tombons vite d'accords pour une sortie trail en matinée histoire de profiter des sentiers chamoniards et de ces belles montagnes !!! C'est donc la tête encore pleine de rêves que chacun d'entre nous trouve rapidement le sommeil.

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Troisième jour, nous sommes mardi, le temps est clair sur Chamonix et j'ai un peu honte, mais nous sommes presque déçus de ne pas voir de pluie, qui viendrait alors justifier de suite le report de l'ascension d'une journée... Nous savons également que le temps qu'il fait en vallée ne coïncide pas forcement avec celui qu'il fait tout là haut. Et puis la météo en montagne c'est pour le moins changeant... Au moins en Normandie, quand il pleut c'est pour 6 mois, le reste du temps ça va, il "crachine" comme on dit ! ;-)

Chacun se prépare activement pour notre sortie, nous trouvons le bon compromis à l'aide du site: http://www.valleedutrail.com/fr/ qui propose des topos de sorties trail au départ de la vallée de Chamonix. Notre choix se porte sur une sortie de 8km et 345D+ qui passe sur un sentier en balcon et nous emmène au niveau du Chalet de La Floria. C'est idéal pour dérouiller les jambes sans trop piocher dans les réserves énergétiques ! Nous voilà partis tous les 5 le sourire aux lèvres, cette sortie arrive à point nommé. Nous arrivons sur les hauteurs du Chalet après environ 45mn de course et nous ne résistons pas à l'appel de la terrasse fleurie pour y prendre un verre. Ce décor en balcon est somptueux et nous dominons la vallée avec une vue panoramique sur la chaine de montagne, super ! Nous redescendons par la suite pour finir sur un sortie d'une heure trente bien sympa !

Notre après midi sera consacrée aux achats de dernière minute et au repos. Demain et c'est bien confirmé par nos guides pendant la soirée, on monte !

Dans les pas de mon guide... part 1

4ème jour, mercredi, aujourd'hui est LE jour, c'est l'ascension.... gloups. La matinée est donc partagée entre le dépôt des sacs auprès de Pascal avec les dernières questions/recommandations et le repos. Le projet sera découpée en 8 tronçons afin de mieux le visualiser et se fixer des micro-objectifs: 4 tronçons en montée et 4 en descente. Les sacs qui nous attendent entre ces tronçons aident à séquencer mentalement l'ascension.

Brièvement ça donne ça:

Séquence 1: Chamonix (env 1000m d'altitude) - Refuge du Nid d'Aigle (2482M) : c'est la partie trail, nous partons le long de l'Arve direction les Houches pour ensuite monter au Nid d'Aigle par des sentiers ombragés et une voie de chemin de fer.

Séquence 2: Refuge du Nid d'Aigle (2482m) - Refuge de la Tête Rousse (3167m): Nous atteignons la haute montagne avec son décor minéral et ses premiers glaciers: . Nous chaussons les chaussures de montagne. Diner à Tête Rousse.

Séquence 3: Refuge de la Tête Rousse (3167m) - Refuge du Gouter (3817m): C'est la partie alpine avec l'ascension par l'arête du Gouter où il nous faudra escalader pendant plus de 2h. c'est la partie la plus technique.

Séquence 4: Refuge du Gouter (3817m) - Sommet du Mont Blanc (4810m): dernière partie de l'ascension par le Dôme du Gouter dans les neiges éternelles, partie moins techniques mais sur l'arête.

Séquence 5: Sommet - Refuge du Gouter (3817m): premières portions de descente, il fera à nouveau jour, il s'agira d'être prudent et concentré.

Séquence 6: Refuge du Gouter (3817m) - Refuge de la Tête Rousse (3167m); descente technique en désescalade par l'arête du Gouter.

Séquence 7: Refuge de la Tête Rousse (3167m) - Refuge du Nid d'Aigle (2482m); moins technique mais ce sera éprouvant après plus de 20h d'effort.

Séquence 8: Refuge du Nid d'Aigle (2482m) - Chamonix: retour façon trail, ou façon comme on peut ;-)

Il est presque 15h en ce mercredi 25 juin. Nous sommes prêts, équipés et surmotivés à l'idée de se mesurer au Mont Blanc. James nous attend sur la place devant le casino de Chamonix. Il y a un étendard "Ecomontblanc" qui matérialise notre départ. Quelques photos sont prises, l'émotion est présente, le temps est nuageux mais doux et sec. Bref, tout est réuni pour faire de ce projet un moment inoubliable.

15h. James donne le top, nous voilà partis du centre ville de Chamonix, nous trottinons dans les rues de la ville parmi les passants. Les premières sensations de courses sont particulières, il faut apréhender le poids du sac de 6/7 kilos avec le piolet accroché. Nous sortons du bourg de Chamonix pour arriver au niveau du Rocher des Gaillands, ce site où l'avant veille nous avions escaladé une des parois. Nous nous rappelons à ce bon souvenir en passant devant. Nous sommes sur le parcours que prend l'UTMB sur les premiers kms... impossible de ne pas s'y projeter ! Un large sentier qui borde l'Arve nous emmène jusqu'aux Houches où nous arrivons après une petite heure de course... Nous sommes encore en vallée et c'est le coeur vaillant que nous entamons les premières montées...on sort les bâtons, c'est parti !

Marie 06/07/2014 13:16

et la suite ?? rhoooo faut attendre la prochaine saison ...
Et des photos, des photos, des photos !!!!

Alex 06/07/2014 10:52

Excellent!
J'ai hâte de lire la suite!
Un challenge qui me motiverai bien!

Bertin 06/07/2014 10:42

Bravo !
On ne se connait pas mais grâce au FB de Jéjé, je vous ai suivi, là c est comme du "direct-live"...Ton écriture est belle et me donne le frisson on y presque ! Ça donne, envie ? Sauf que je n'ai pas votre condition physique ! Bravo à vous 5, à vos guides, à touts ces passionnés. LB

gg 06/07/2014 10:22

Génial! J attend la suite avec impatience. .! Vraiment sympa de revivre ces moments par ta plume! MERCI. ..

Danièle 06/07/2014 07:54

C'est comme si on y était mais sans les efforts ! Merci de nous faire partager cette belle expérience avec un talent réel de narrateur.

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