Mon UTMB 2015: ... plus loin que la raison

Mon UTMB 2015: ... plus loin que la raison

Si au moment de créer ce blog, j'avais imaginé écrire un récit de course à propos de l 'UTMB... Si en 2011, au moment où je faisais le Tour du Mont Blanc en 8 jours lors d'un trek, j'avais imaginé le refaire d'une traite en courant 4 ans plus tard... Si je n'avais pas vécu tout cela entre temps... Et bien, si, je l'ai fait cet Ultra Trail du Mont Blanc !

Alors oui cette année, particulièrement, je me suis préparé, notamment lorsque j'ai appris que j'étais retenu pour cette édition. Les semaines de préparation se sont enchaînées, ponctuées par de belles courses pour s'étalonner, notamment le 80km du Mont Blanc en juin dernier.

Le mois d’août arrivant, nous nous sommes donc préparés à se rendre à Chamonix, lieu de pèlerinage pour les traileurs qui se rassemblent pour cette communion annuelle.. Nous étions une belle délégation bas normande, notamment notre petit groupe de 4 qui nous étions inscrits ensemble avec François, Marsu, Jéjé et moi même. Et le « gâteau sur la cerise », quelques semaines avant la course, notre groupe se renforçait des 2 Laurent pour faire l'assistance de course de Jéjé et moi même...

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Nous arrivions donc sur Chamonix le mardi, le départ étant prévu pour le vendredi, cela nous laissait un peu de temps pour bien finir de s’imprégner de l’événement ! Nous prenions possession de notre super appart' dans Chamonix (merci pour le bon plan François;))... Entre les paires de baskets, les gels énergétiques, les odeurs d'huiles de massage... pas de doute... l' UTMB approchait !

Dès le mercredi, nous allons faire un tour au Salon de l'Ultra Trail à Chamonix. Toutes les marques principales sont rassemblées ainsi que les stands d'autres courses... Un petit tour au stand Nutrisens Sport pour aller saluer les personnes avec qui je suis en lien dans mon partenariat, quelques petites emplettes et hop, direction le site de course des « mini utmb » !

En effet, sur ce mercredi se déroulent des courses pour les enfants sur une grande surface herbeuse en montée dans Chamonix. Il y a des courses dès 3 ans ! C'est un super moment que l'on passe à encourager la relève du trail ! Nul doute que ça donne vraiment envie de partager cela avec ma fille quand elle sera un peu plus grande !

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En soirée, nous nous apprêtons à aller chercher notre dossard et passer au contrôle du sac. Pour avoir écouté les expériences d'autres participants de l'Utmb, c'est un moment assez important, où il faut se montrer patient et respecter scrupuleusement les consignes de l'organisation. Je prépare donc mon sac avec tout le matériel obligatoire de la course. J'ajoute une poche à eau dans le sac puisque l'organisation nous a demandé d'avoir une réserve de 2litres minimum (au lieu d'1 litre) ; la météo annoncée va être ensoleillée mais chaude d'où cette adaptation de l'organisation. Nous voilà prêts, nous arrivons au gymnase de Chamonix, lieu de retrait des dossards. Il y a un peu d'attente, mais beaucoup moins que dans l'après midi apparemment. Lorsque nous pénétrons dans le gymnase, je suis impressionné par toute la logistique et l'organisation qui ne laisse, semble-t-il, rien au hasard. Chaque participant passe par plusieurs points de contrôle. D'abord la pièce d'identité, avec des postes différenciés selon les nationalités puis le bénévole nous délivre un document qui détaille la marche à suivre pour le contrôle suivant. On prend un bac comme dans les aéroports pour sortir les éléments du sac pour le contrôle... C'est assez impressionnant, le bénévole contrôle alors le sac tel un agent de douane, en plus détendu;) ! Et hop, direction l'étape suivante où l'on nous remet l'enveloppe avec ce magnifique dossard !!! Même pas le temps que le stand suivant nous donne le bracelet qui sera le pass UTMB... jusqu'à la remise du tee shirt... Ouf, c'est fait, on repart les bras chargés vers l'appartement pour se poser un peu après cette super journée.

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La journée du jeudi est consacrée aux préparatifs du sac et de l'assistance avec lolo. L'ambiance est studieuse et pour nous changer les idées nous décidons de rejoindre françois et sa troupe qui sont partis pique niquer au plan d'eau des Contamines. L'idée et top, le temps est super et ça me gonfle de bonnes vibes. De plus, nous nous arrêtons quelques minutes dans le bourg des Contamines car ce sera un site d'assistance pendant le parcours, ça permet de se projeter pour le lendemain. Au retour à l'appartement, nous fignolons quelques détails avec Lolo, ça va le faire ! Place maintenant à la dernière nuit avant le départ, c'est un moment que je redoute car n'étant pas un bon dormeur à la base, j'ai peur de ne pas fermer l’œil de la nuit !!!

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Ça y est, nous sommes le vendredi 28 août, c'est la journée tant attendue ! Le premier jour du reste de ma vie sportive... la matinée est calme et détendue, un petit tour dans Chamonix et du repos surtout. Après le repas du midi, place à une petite sieste où je ne parviens pas à dormir mais je me repose et tente de faire le vide, c'est le principal. A mesure que nous rapprochons de l'heure fatidique, les visages se ferment et font place aux silences, aux regards concentrés qui en disent long... Nous sommes encore dans l'appartement, au calme, l'intensité de cet instant est forte, chacun prend conscience qu'on y est, nos assistants sont dans le même état... je me crème les pieds pour éviter les ampoules, comme à chaque course. Chaque geste est décomposé avec application, je sais que c'est LA course, c'est « ma petite apogée d'amateur » qui s'annonce... l'aboutissement de longues heures de préparation... Je sens que chacun, dans la pièce, se dit cela également, la complicité des regards en dit long sur ce qui nous attend.

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Allez, il est 16h, François nous rejoint. Nous quittons notre tanière pour nous rendre tranquillement vers le départ. Sur le chemin, nous croisons Claude et toute la troupe de l'AS CHU de Caen. C'est très sympa de se voir à ce moment, de partager les objectifs, « tu vises un temps ? », « la forme ? »... Nous arrivons près de la place du triangle de l'amitié, qui pleine à déborder ! Nous la contournons d'ailleurs pour nous poser un peu à l'écart afin de patienter encore une bonne heure avant le départ. La tension est vraiment importante, peu de paroles, chacun est dans sa bulle, on prend le temps de bien s'hydrater également, il fait chaud et ce serait pas mal d'éviter d'emblée de partir sec !

L'heure est au briefing de course par Catherine Poletti, la directrice de course, nous en profiter pour nous rapprocher du départ et nous nous postons environ à mi peloton. C'est à ce moment que nos 2 « assistants - lolo » nous quittent pour se poster un peu plus loin parcours... l'émotion est intense au moment où ils partent. Je sais que je retrouverais Lolo sur les Contamines pour la première assistance dans plus de 5h... Allez plus que quelques minutes, dernières accolades entre nous ! Allez la musique de Vangelis s'élève... On y est ! Depuis le temps que je regarde des vidéos de ce départ, et bien cette fois j'y suis ! C'est surréaliste !

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Top ! Il est 18h, les premiers s'échappent de l'arche pendant que le reste du peloton peine à s'y extraire... L'ambiance est folle, il y a un monde fou des deux cotés de la rue, les flashs crépitent... wouah !!!! Nous ne pouvons toujours pas courir, ça bouchonne mais qu'importe, c'est un moment extraordinaire ! Ça commence à trottiner, je suis avec jéjé, on profite un maximum de cet instant où nous sortons tranquillement de Chamonix, il ne s'agit pas de s'emballer, il y a quand même 170km à faire et 10000m de dénivelé positif... Après 10mn de course, nous apercevons nos 2 assistants de choc sur le coté du parcours, ils trottinent sur quelques mètres avec nous pour recueillir nos premières impressions... C'est magique d'y être, enfin sur cette course que j'ai tellement attendu !

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Nous passons par le rocher des Gaillands qui nous fait définitivement sortir de Chamonix. L'allure est bonne sans trop forcer mais nous sommes quand même à 11km/h. Ça fait une bonne demi heure que nous sommes partis, je m'alimente une première fois, l'idée étant de le faire à cette fréquence par petites quantités. Mais là, ça ne passe pas, il est vrai que j'ai le bide un peu vrac depuis la veille de la course et là, le malaise s'accentue par l'effet de la course...aïe. Bon, il ne faut pas paniquer, l'effort est long, ça va forcément passer... Nous arrivons aux Houches, 8km de course et la premier ravito liquide. Je pique juste un petit verre d'eau et c'est reparti. Il y a une super ambiance, la rue est noire de monde ! Je suis toujours avec Jéjé et lorsque nous quittons Les Houches, se présente à nous la première difficulté, à savoir l'ascension vers le Délevret, 800m de D+. Fini de courir, maintenant c'est la marche, et ça me repose un peu le bidou... Au moment de déplier mes bâtons en bas de l'ascension, l'un d'eux résiste et avec mes mains transpirantes, je ne parviens pas à le déplier... panique à bord ! Je demande à un premier passant, il n'y arrive pas, argh... Allez je tente un autre, il tire de toute ses forces et par miracle le bâton se déplie ! Merci à lui ! Allez on se reconcentre, je suis un peu éparpillé en ce début de course, entre l'euphorie du départ, les maux de ventre, ce petit tracas matériel, c'est un peu l'ascenseur émotionnel et cela ne m'aide pas à me centrer sur mon effort. J'en ai conscience, alors je me calme et me met dans les pas d'autres concurrents pour faire la montée. Jéjé est parti devant, il a les jambes ça se sent.

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La montée se déroule sans trop d'encombres, je monte au train en essayant de ne pas penser à mes soucis de ventre. Une fois en haut, je relance tranquillement afin d'entamer la descente sur Saint Gervais. L'idée est de ne pas trop m'emballer et de préserver les cuisses au maximum. De toute façon, vu la densité de coureurs, il vaut mieux être prudent dans cette descente peu technique certes mais assez raide. La lumière disparaît peu à peu et juste avant Saint Gervais, je sors la frontale. Nous sortons des sous bois et le bitume qui se présente sous mes pieds m'indique que nous entrons dans Saint Gervais. 21Km de fait 3h30 environ, je suis dans les temps malgré mon ventre qui me gêne terriblement. Une fois entrés dans la ville, l'ambiance est exceptionnelle ! Il y a du monde comme j'en ai jamais vu sur un trail, des applaudissements, de la musique... Le ravito est là, immense et noir de monde... je remplis les gourdes et prends quelques tucs pour me forcer à manger un peu. Je ne tarde pas, il faut rester concentré et j'en ai besoin avec ce début de course difficile... direction Les Contamines !

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10km de montée quasiment ou de faut plat montant... Très exigeant, en même temps c'est l'UTMB ! C'est plus calme, même si nous croisons beaucoup de public qui n’hésite pas à encourager les coureurs, c'est hyper stimulant mais vu ce qui nous attend il faut calmer la machine, ce qui n'est pas facile sur un ultra. Je progresse tranquillement, les douleurs ne passent, je me demande même comment je vais pouvoir tenir sur la distance dans cette posture là. Je profiterai des Contamines pour allez voir le doc...

Ça y est on est y presque, je m'accroche car à ce point de la course, l'idée d'abandonner m'effleure doucement l'esprit, je me dis que je ne peux pas faire ça mais cette douleur au ventre m'invalide totalement et m’empêche également de bien me nourrir... Faire 170km sans carburant ça risque d'être difficile. Seule la boisson énergétique Carbomax (Nutrisens) passe, c'est déjà pas mal ! Je vois les tentes, on y est, 31km de faits en 5h à peu près. Je vais direct à la tente médecins, je ne suis pas le seul à être déjà mal en point. Le médecin m’ausculte et me file quelques médocs qui devraient faire passer le malaise...

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Allez direction l'assistance maintenant et je retrouve mon Lolo que j'avais quitté au départ de la course. Il s’enquiert de mon état et me rassure, son expérience d'ultra traileur m'est profitable, Jéjé et déjà là également avec l'autre Lolo. Ça me fait un bien fou de voir les copains, pas question de lâcher la course comme ça ! Je mange un peu les petits sandwichs préparés par Lolo, petites bouchées par petites bouchées. Je change également de tee shirt pour me mettre en mode nuit. En effet, il est presque minuit et il est prévu de revoir les gars seulement au petit matin. Je reste cependant en short, le temps est clair et il est vrai que les conditions sont idéales avant d'aborder l'ascension du col du Bonhomme (2500m d'alt), plus de 1000m de dénivelé au menu pour repartir du ravito... Jéjé repart en forme, c'est cool. Je reste encore un peu au ravito avec Lolo pour finir de me préparer, j'espère que le traitement fera son effet et que je vais pouvoir enfin me mettre définitivement dans la course et profiter de la chance que j'ai d'être là !

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Allez go, je suis prêt, on est reparti. Lolo m'accompagne à la sortie de la zone d'assistance, une bonne accolade et c'est reparti ! Le parcours nous fait passer par le lac où nous nous étions posés la veille, c'est sympa. Je progresse au train, j'alterne marche et course sur cette portion en faut plat montant. Nous arrivons à Notre Dame de la Gorge qui est illuminée pour l'occasion, il y a une ambiance de dingue, musique à fond et le sentier bondé de spectateurs ! Il y a juste la place pour passer au milieu du sentier, c'est fou ! Le chemin se fait d'ailleurs plus raide et on entre réellement dans l'ascension du Col du Bonhomme. Je connais bien cette portion pour l'avoir déjà fait en rando, la montée sera longue mais assez régulière. Il faut donc bien caler son rythme et je suis bien aidé en cela par mes bâtons qui cadencent l'allure. A ce moment je me fais doubler par Claude, traileurs bien connu de notre Normandie, on échange quelques encouragements, il m'impressionne tant il semble facile... et sans bâtons;) !

La montée continue, le peloton est encore bien dense, mes douleurs se sont bien calmées et cela me tranquillise drôlement. Je peux enfin profiter de la course, du bruit des batons qui cadence le rythme des coureurs, du calme du cortège... et ben non, car 2 américains font la causette juste derrière moi et ne semblent pas décidés à apprécier le silence de la montagne... Je reste dans ma bulle, je suis juste ramené à la réalité par les nombreux râles de vomissements de coureurs... aie les pauvres... c'est assez impressionnant, je vous laisse imaginer la scène. Je me mets alors à penser aux super vidéos promotionnelles des marques trails qui vantent l'esthétisme du trail, la beauté de l'effort avec de super athlètes qui volent sur les rochers... Ils devraient venir filmer ce que je vois à ce moment de la course... le vrai trail... du rude, du brutal, quoi... je ris.

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J'arrive au ravito de La Balme qui se situe à environ la moitié de l'ascension. Ça fait peut être une heure que l'on grimpe déjà. Je me sens beaucoup mieux, j'en profite pour manger une soupe aux vermicelles qui passe bien avec quelques Tucs et je refais le plein des bidons. Les mines des traileurs sont déjà bien marquées, je ne dois pas déroger au tableau, je pense. Je quitte La Balme après une bonne dizaine de minutes de pause. Et c'est reparti pour la deuxième partie de l'ascension, je monte au même rythme, tranquille. Encore une bonne heure d'ascension et je bascule au sommet du Col du Bonhomme matérialisé par une affiche de l'Utmb, par pour descendre mais pour refaire une petite ascension vers le Col de la Croix du Bonhomme... c'est plus drôle. Cette partie finale au sommet est un peu plus pierreuse du fait de l'altitude, il n'y plus de végétation et la météo nous épargne du vent. Tout va bien, la descente est là, dans mon souvenir elle est très longue et pénible pour les cuisses. Je me contente de gérer et de trottiner seulement, pas question d'allonger la foulée. La descente se passe bien ,mes appuis sont pour le moment stables, je reste bien concentré. Il suffit d'une seconde d'inattention pour que la cheville tourne sur le moindre petit rocher. La fin de la descente se fait sur un chemin herbeux très agréable, cela repose les guiboles et je sais que cela annonce l'arrivée en bas, au ravito des Chapieux (49km). Encore un ou deux virages et nous y voilà ! Un panneau annonce un contrôle du matériel obligatoire. Je m'y plie sans broncher, ça fait partie du jeu. Alors que je referme mon sac et me dirige vers la tente de ravitaillement, qui vois-je ? Mon Lolo qui me fait l'agréable surprise d'être là !!!! Top ! Nous n'avions prévu de se voir qu'à Courmayeur, mais, avec l'autre Lolo, ils ont réussi à se rendre jusque là ce qui signifie nuit blanche pour eux ! Quel dévouement, ils sont géniaux !Je prends rapidement une soupe bien épaisse d'ailleurs et en ressortant de la tente, je les retrouve. Je les rassure sur mon état, ça va mieux qu'aux Contamines et d'après eux j'ai meilleur mine. Jéjé est reparti, il est juste devant apparemment. Devant cet enthousiasme je me rends compte que j'ai oublié de remplir mes flasks, quelle gourde je fais;) ! Le prochain ravitaillement est dans 3h... Que faire, rebrousser chemin ? Ah non, pas moyen, je décide d'avancer en priant pour rencontrer une source d'eau potable sur le parcours... ce qui est exaucé dans la minute en levant le nez sur la droite du chemin ! Quelle chance !

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Le chemin a laissé place à du bitume, la nuit est d'une clarté éblouissante, et le parcours nous emmène sur un faux plat montant vers la Ville des Glaciers. Je marche vite en essayant de tenir une bonne cadence avec les bâtons. J'aperçois le refuge des Mottets (où j'avais dormi lors de ma rando), il annonce le début de l'ascension du Col de la Seigne, une montée régulière en lacets mais assez raide et difficile. C'est parti pour presque 800m de D+.La partie de marche rapide a laissé des traces, j'ai les quadri qui ont sifflé un peu sur ce long faux plat montant. Je monte tranquillement, les jambes vont trouver leur rythme au fur et à mesure de la montée. Une fois presque au sommet je reprends Claude, nous faisons la fin de l'ascension ensemble mais à ce moment ma lampe me lâche ! C'est quoi ce délire, une lampe (Led Lenser SEO5) qui est censée avoir 25 d'autonomie et qui lâche à la fin de la première nuit !!! je peste et doit me résoudre à faire une halte au sommet... Je change de lampe pour un modèle bien moins puissant mais qui fera l'affaire pour ce qu'il reste de nuit. Du coup, Claude est reparti devant.

S'annonce alors une petite nouveauté du parcours 2015, l'ascension et la descente du Col des Pyramides Calcaires. Après une courte descente du col de la Seigne, le sentier s'élève rapidement vers le sommet des Pyramides. La progression est rendue très pénible par la caillasse qui jalonne le parcours, c'est hyper technique et on avance à rien dans ce pierrier ! Une fois au sommet, place à la descente vers le lac Combal et idem, beaucoup de cailloux qui m'empêchent de trottiner... Qui a dit que l'UTMB n'était pas technique ? Je reste concentré sur mes appuis, pas question de malmener les chevilles, il reste du chemin à parcourir.

Le jour se lève quand j'aperçois le ravito du lac Combal. Ça fait du bien au moral et je vais pouvoir faire une bonne petite pause là bas... Mais, à mesure que je me rapproche, je sens du liquide couler dans mon dos... et pas qu'un peu... Le tuyau de ma poche à eau s'est enlevé dans mon sac... J'ai le dos trempé et les affaires dans le sac aussi !!! Argh... Je peste. J'essaie alors de rester calme, je remets le tuyau en question et repars vers le ravito, on fera le point une fois posé.

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Voilà, j'y suis. Le lac Combal (64km). C'est un plan d'eau situé à 2000m d'altitude encore dans la brume à cette heure matinale car il doit être environ 7h du mat'. La première nuit est passée sans trop d'encombres. Place maintenant à une longue journée à courir la montagne ! Je prends une bonne soupe aux vermicelles et décide de m'asseoir un peu. La soupe passe bien et qui vois-je assis un peu plus loin, le jéjé ! Il est en forme, il a souffert comme moi dans le col des Pyramides Calcaires. Nous partageons un deuxième bol de soupe et décidons de repartir ensemble. Au menu, l'ascension de l'Arête du Mont Favre, environ 500m de dénivelé positif avant de redescendre ensuite vers Courmayeur.

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L'ascension se passe bien, Jéjé est un peu plus véloce que moi et il prend rapidement quelques mêtres sur moi. Je reste dans mon allure et parviens à ne pas trop lâcher. Je connais bien cette ascension qui m'avait surpris quand je l'avais faite en rando. La montée n'est pas très technique mais elle est bien raide. Le sommet arrive et je sais que le panorama est exceptionnel, avec ce temps dégagé ça va être génial ! Une fois au sommet, nous admirons la vue magnifique que l'on a sur les glaciers du Mont Blanc. Allez direction le col Chécrouit qui marque une étape dans la descente vers Courmayeur. Les premiers lacets ne sont pas raides, cela nous permet de trottiner sur un faux plat descendant. Avec le soleil qui se montre et le panorama exceptionnel, les jambes répondent bien. Nous arrivons d'ailleurs assez vite au ravito du Col Checrouit (73km). Un autre bol de soupe et l'on s’assoit quelques minutes sur cette jolie terrasse de refuge ! L'endroit est très joli et donnerait envie de s'y attarder davantage...mais bon il paraît qu'on a une course à faire alors on ne traîne pas et nous prenons la direction de Courmayeur avec 4km de descente (presque 800m de D-).

Les jambes répondent bien après pourtant plus de 14h de course. Je décide de faire la descente, elle est raide et en sous bois, pas très technique si l'on est bien concentré. Je double pas mal de coureurs et j'espère que je ne payerais pas plus tard mon allure du moment... mais bon, j'ai la forme alors j'en profite. Jéjé n'est pas très loin derrière, il fait également la descente. Lorsque nous quittons le sous bois, nous apercevons déjà les premières maisons de Courmayeur. Le bourg est très sympa, nous courons dans les petites ruelles et c'est là que je retrouve mon Lolo assistant qui s'enquiert de la forme. Tout va bien. J’attends cette bonne pause avec impatience. Lolo me retrouve dans ce grand gymnase de Courmayeur (77km).

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Le gymnase est bien rempli, mais paradoxalement, l'ambiance y est très calme. On sent les organismes déjà fatigués après 77km et plus de 4000m de dénivelé déjà accomplis. Ça fait plus de 15h que l'on court, il doit être environ 9h/9h30 quand nous nous posons à Courmayeur.

Je m'assois. Jéjé me rejoins et nos 2 Lolos sont également là avec nous, le quatuor est reconstitué, c'est réconfortant. J'enlève le tee shirt humide pour me mettre à l'aise et je me mets également pieds nus. Il est temps d'essayer de manger, un petit sandwich préparé par Lolo, de la St Yorre, du Coca. Ça passe, je prends également quelques noix de cajou. Je ne ressens pas trop de fatigue après cette nuit de course, les jambes tirent mais rien d'anormal. Je prends le temps de bien de me restaurer pendant que Lolo me reprépare le sac, il refait le plein des bidons, réajuste la poche à eau, remet des compotes et des gels... Il est aux petits soins, quel luxe de ne pas avoir à se préoccuper du sac ! Encore merci à lui... Après presque 40mn de pause, il est temps de repartir avec un tee shirt propre, des pieds crémés tout neufs avec des chaussettes propres. J'avais prévu de changer de chaussures mais je suis bien des les Rapa Nui 2S de chez Hoka, je les garde, on verra à Champex.

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Je repars avec Jéjé, nos super assistants sont avec nous pour nous accompagner vers la sortie du ravito. Nous connaissons bien le parcours qui suit, nous l'avions reconnu en juin dernier avec les gars... Une belle bosse s'annonce avec la montée sur le refuge Bertone (+de 800m de D+). Mes jambes sont bien rouillées et, contrairement à Jéjé, j'ai beaucoup de difficultés à me remettre en route. Dès les premières hectomètres de montée, Jéjé prend le large, je ne le reverrai plus maintenant... Je ne panique pas , je monte au train en essayant de me caler dans un petit groupe mais malheureusement je me fais aussi décrocher. Il fait déjà chaud, il va falloir faire avec cette chaleur, bien s'hydrater. Je suis seul quand nous quittons la route pour entamer la portion de montée en sous bois.

La montée est raide, je sers les dents car je suis en train de peiner, mon premier gros coup de moins bien. Je sais qu'une fois en haut le parcours sera magnifique et bien plus plat. Je me raccroche à ces pensées positives pour progresser à mon rythme et faire le dos rond, je me fais doubler... pas bon signe tout ça. Je quitte le sous bois et cela annonce la fin de la montée, un virage et j'aperçois le ravito, super. Je ne vois pas Jéjé au ravito, il en est déjà reparti, il a dû monter à bon rythme le cochon;) ! Je me prends quelques verres d'eau pétillante, ça fait un bien fou ! Allez, je ne traîne pas, déjà 82km de faits, il m'en reste moins de 100 !

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La portion qui nous emmène jusqu'au refuge Bonatti est assez plate, c'est un magnifique sentier en balcon qui longe le Val Ferret Italien. C'est une de mes portions préférées du parcours. Je trottine donc et parviens à ne pas me faire doubler, je vais à bon train. Il fait beau donc j'essaie de profiter, de lever les yeux sur ce qui nous entoure, je mesure la chance que j'ai de pouvoir faire cet UTMB.

J'arrive à Bonatti après une petite bosse pour atteindre le refuge, 89km d'accomplis. J'y fais la connaissance de Laurent, un traileur normand également. Je prends une petite soupe et du coca et hop, c'est reparti. Au menu, de la descente pour rejoindre Arnuva où je pense y retrouver Lolo. Je cours avec Laurent, nous parlons de nos courses qualificatives nécessaires pour participer à cet UTMB, de nos connaissances communes dans ce (petit) monde du trail. C'est vraiment sympa de pouvoir discuter, ça me décale un peu de la difficulté de la course, je trottine sans trop souffrir. Une belle descente et voilà Arnuva, Lolo est là, je m'en doutais. Il fait la fin de la descente avec nous. Jéjé est déjà reparti, l'autre Lolo est là aussi. Les voir le fait du bien, le soleil cogne bien.

Je fais le plein à Arnuva (95km) car le prochain ravito n'aura lieu que 16km plus loin à La Fouly et après le Grand Col Ferret. Les gars sont là, ils me réconfortent car j'appréhende cette montée du Grand Col Ferret (environ 800m de D+) en plein après midi. Je souffre dans les montées aujourd'hui. Allez je sers les dents et repart tranquillement en marchant.

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Dès les premiers lacets de montée, je souffre, je n'ai pas d'énergie, le pas est lourd. Je monte tant bien que mal ce col que je connais bien. Je sais que la première portion vers le refuge Elena est assez raide. Lorsque j'y arrive, je me dis qu'il me reste une grosse moitié d'ascension. Je m'accroche pour ne pas m'arrêter sur le coté. Je préfère monter plus lentement mais de façon régulière. Les bâtons m'aident toujours autant, je ne regrette pas de les avoir pris avec moi. Les lacets s'avalent tranquillement, je vois les coureurs plus haut ce qui me montre tout ce qu'il me reste à accomplir. J'essaie de ne pas m'envahir de ces pensées décourageantes, je me répète de profiter de l'instant, de faire le point sur les sensations du moment. Il faut penser au prochain pas, au prochain virage, pas plus loin.

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C'est très dur, je souffre, mais je m'accroche. Je n'ai pas d'énergie et j'ai l'impression d'être au ralenti en montée. Il est vrai que je ne m'alimente pas comme je voudrais mais je pense que la fatigue se fait cruellement ressentir après 100km de course. Je vois le sommet, ça y est une bonne chose de faite. Place maintenant à une longue descente pour rejoindre La Fouly, je vais pouvoir trottiner un car ce n'est pas technique. J'essaie également de rationner un peu l'eau car il me reste au moins une heure de course avant de rejoindre le prochain ravito. La descente est agréable, je trottine, ce qui après plus de 100km et quelques cols, est plutôt pas mal pour moi. Je commence à sentir la fatigue, les yeux me piquent un peu, ça fait environ 24h que je cours maintenant... En arrivant à La Peule, je sais qu'une bonne moitié de la descente est faite, et en plus nous sommes attendus avec un petit ravitaillement en eau qui n'est pas prévu ! Le top. Je remplis les bidons, mouille le Buff et la tête, ça fait un bien fou. Cette belle surprise m'encourage, je ne lâche pas, encore quelques kilomètres pour rejoindre La Fouly, en Suisse. Car oui, nous sommes désormais en Suisse depuis le passage au sommet du Grand Col Ferret.

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Nous voilà en vallée désormais, La Fouly est à 1km, j’alterne course et marche. J'ai quelques frissons de froid, vu la chaleur, c'est inévitablement un indicateur de fatigue. Ça y est, me voilà arrivé à La Fouly (110km et plus de 6000m de D+ de faits), la fin d'après midi du samedi est bien avancée. Je ressens de la fatigue, j'aurais presque envie de dormir désormais mais je sais que Lolo sera là au prochain ravito de Champex, je ferais le point avec lui. Je retrouve Laurent, compagnon traileur de Normandie. Il accuse le coup également, il va essayer de dormir un peu me dit-il.

Je repars, 14kms à accomplir avant la base vie de Champex, sur un profil plutôt descendant jusqu'à Praz de Fort avant la montée jusqu'à Champex-Lac. J'essaie de garder un rythme acceptable, le fatigue est présente mais le moral est là. Le sentier est agréable sans grande technicité jursqu'à Praz de Fort. J'alterne des phases de course et de marche. En arrivant à Praz de Fort, des spectateurs ont installé une table avec des verres d'eau pour les traileurs. L'attention est délicate et je ne manque pas de m'y arrêter pour les remercier et refaire le plein. Dans les rues de Praz de Fort, chacun des passants nous encourage, c'est l'heure de l'apéro pour les suisses ! En quittant le bourg, la montée vers Champex se présente aux coureurs. « Que » 400m de D+, ça va passer et il me tarde d'arriver tellement je me sens fatigué. Mais cette montée, jalonnée de jolies sculptures en bois, est interminable... Je n'avance pas, je suis un zombie tellement je la subie.

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J'arrive enfin à Champex vers 20h30/21h je crois. Jéjé est bien sûr reparti depuis un petit moment et je retrouve donc les 2 Lolos qui m'accueillent. Je les vois, je ne sais pas où me diriger, je suis un peu perdu... bref crevé et en déficit de lucidité... Les gars l'ont bien vu. Ils me diront après la course que j'étais dans un état second à ce moment, ils me parlaient mais je ne les entendaient pas, ils m'ont raconté un peu ce ravito mais je ne me souviens pas totalement de tout ce qui s'y est passé. Il est vrai que je me suis assis et que j'étais complètement HS... les yeux dans le vague, à ne plus trop prendre la mesure de l’événement. Je ne me suis pas trop alimenté, ça ne passait pas, j'ai pu tout de même me changer pour la nuit. Les gars m'ont alors conseillé de dormir un peu, l'heure n'était pas trop avancée dans la nuit et j'ai fais le choix de continuer encore jusqu'au prochain ravito de Trient (environ 3h30 plus tard) avec au menu 17km et surtout la montée de Bovine. Je l'appréhendais beaucoup et, avec le recul, je pense que c'est pour ça que je suis reparti sans me reposer de Champex, je voulais la passer pour en être libéré. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai été servi...

Je suis donc reparti de Champex, les gars m'ont accompagné le long du lac, pour me laisser partir une fois que le sentier s'élevait. Il y avait quelques kilomètres à parcourir avant de se présenter au pied de la montée de Bovine. J'ai alors essayé de suivre le rythme de 2 gars qui marchaient très vite. Même en étant à fond, je me demandais comment ils faisaient pour tenir cette allure en marchant. Je me suis accroché à eux, il faisait nuit noire maintenant, je ne me sentais pas d'être seul à ce moment là de la course. Mais au pied de Bovine je ne pouvais plus les suivre car le sentier se faisait plus technique. Je me retournais et voyait alors un petit groupe de coureurs, il me fallait les attendre pour ne pas sombrer... je me calais alors dans les pas d'un coureur français, son rythme me correspondait pour le moment. Le sentier s'élevait, on y était dans cette montée. Le cœur haletant, il fallait s'accrochait et pourtant l'allure n'était pas bien vive. Je reprenais la tête du groupe à un moment de l'ascension, personne ne semblait prêt à vouloir mener. A chaque fois que je proposais de me laisser passer, ça ne répondait pas. Je ne sais pas combien de coureurs étaient derrière moi, 7 ? 8 ? Je n'avais pas l'impression d'avancer et déjà il fallait escalader des roches, cette montée était terrible tellement elle était raide... Un ou deux coureurs me doublaient et me déposaient sur place, j'avais comme l'impression de ralentir le groupe, c'était une sensation vraiment désagréable qui ajoutait à la difficulté de cette montée. Elle était interminable, mais heureusement il faisait sec, par temps humide ce doit être un calvaire ! Il n'y avait aucun bruit dans ce groupe, juste des petits râles de douleurs quand il fallait escalader les « escaliers » qui se présentaient à nous. Je n'en pouvais plus, je n'étais plus là déjà... Une fois au somment, le sentier poursuivait tout droit en balcon. Je me suis alors écarté pour reprendre un peu mes esprits, il y avait une bonne dizaine de coureurs derrière moi. Je décidais de repartir en queue de peloton... mais je peinais à les suivre. J'avais la sensation de ne pas être à ma place, comme un gros complexe d'infériorité... le sentiment de ne pas être dans le bon tempo... Bref, un « bad » moment ce passage sur Bovine !

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Le début de la descente est du coup tout aussi compliqué. Elle nous fera passer par le point de contrôle de La Giète. J'y arrive péniblement, un feu y est proposé pour réchauffer les esprits meurtris comme le mien;). Mais je résiste à l’âtre et poursuit ma progression pour rallier le Col de la Forclaz qui se situe à la moitié de la descente environ. Je peine, je suis en train de vivre cette redoutée deuxième nuit qui me donne du fil à retorde, jamais encore je n'avais ressenti autant de difficulté à progresser à l'inverse d'autres coureurs qui semblent être bien plus alertes. C'est l'ultra, comme on dit, le vrai.

J'arrive à la Forclaz, cela me fait du bien de revoir un peu de vie, les indications des bénévoles m'indiquent un replat avant de plonger sur Trient. Voyant ma mine, ils me souhaitent bien du courage... Bizarrement, je reprend la course sur la partie plane que je connais également. Cela me rassure de pouvoir courir un peu, même sur quelques mètres. Un virage à droite, je vois Trient dans le contrebas, c'est parti pour la descente, bien raide. J'arrive dans le village quelques temps plus tard et j'aperçois Lolo, toujours présent bon pied bon œil. D'emblée, il me trouve mieux qu'à Champex, je lui dis que je dois dormir un peu, ce avec quoi il est rapidement d'accord bizarrement...;).

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Nous arrivons devant l'espace prévu pour dormir... c'est plein, un bénévole me fait patienter un peu. C'est un peu la confusion, un autre bénévole m'indique que tous les lits sont pris et que ce ne sera pas possible. Je laisse tomber et part avec Lolo me poser sur l'espace d'assistance, un peu plus bruyant pour le coup... et musical. Je m'assois, Lolo me passe une doudoune, je m'affale la tête dans les bras et lui demande de me réveiller 15 minutes plus tard. Au bout de 10 minutes, je ne trouve pas le sommeil et abandonne l'idée de dormir, au moins je me suis posé et j'ai pu fermer les yeux, mettre sur « off » pendant un court laps de temps. J'aperçois Laurent deux tables plus loin qui lui est allongé sur un banc. Allez, je vais essayer aussi... Je m'allonge à mon tour, bandeau sur les yeux. Ça fait du bien de s'étendre de tout son corps même sur l'équilibre instable d'une planche de bois. Je reste comme ça une bonne dizaine de minutes, je pense avoir dormi un peu... ce n'est pas suffisant certes mais ça à le mérite de me remettre à l'endroit ! A mon réveil, Lolo me tend une bonne soupe chaude aux vermicelles pour changer;) ! Ça me fait du bien et je prend ensuite une compote ainsi qu'un gel BioEnergy Banane de chez Nutrisens pour faire le plein de carburant. Tout passe, c'est de bonne augure. Chaque aliment qui passe, c'est comme une petite victoire, je me raccroche à peu de choses... Lolo me montre le profil de la course, il reprend avec moi tout le chemin parcouru ( 139km à ce moment de la course), il en reste « seulement » 30 ! Et deux belles bosses accessoirement... Il m'encourage, je tiens le bon bout me dit-il... J'ai du mal à me rendre compte que j'ai accompli déjà près de 140km avec plus de 8000m de D+... Je n'avais jamais fait ça jusqu'alors... (mon max étant les 120km du Grand Raid des Pyrénées l'année auparavant). J'ai aussi une douleur au niveaux du releveur du pied droit (sur le dessus du pied) qui me gêne dans ma progression, le dérouillage avant de repartir est terrible, je n'avance à rien !

Je repars avec Laurent du coup, il semble bien. La portion qui s'annonce est longue de 10km avec une grosse montée de 700D+ sur Catogne et la descente après au ravito de Vallorcine où Lolo m'attendra. Apparemment, Jéjé est déjà loin puisque le 2ème Lolo l'attend déjà à Vallorcine, c'est top. Pas après pas, je monte donc vers Catogne, je suis avec un autre coureur belge qui souffre d'ampoules. Et oui c'est une course internationale, avec 87 nationalités représentées ! C'est impressionnant, même si du coup la communication est moins spontanée entre les coureurs... mon anglais étant... ce qu'il est;).

J'arrive au sommet de Catogne, fatigué mais heureux du fait qu'il ne restera maintenant qu'une montée à accomplir avant l'arrivée. La descente est périlleuse, je croise un coureur qui chancelle devant moi, il dort en marchant... surréaliste ! Je le signale au point de contrôle de Catogne situé en contrebas du sommet, il va pouvoir s'asseoir un peu le pauvre. La montée ayant été assez raide, la descente va être longue pour rallier Vallorcine. J'essaie de trottiner dès que je le peux, mais les jambes répondent moins, les appuis sont délicats et mon pied me fait mal... Aie. Je vais arriver à Vallorcine à la toute fin de cette maudite deuxième nuit. Les derniers lacets de la descente sont assez terribles mais les encouragements de mon Lolo me galvanisent, que c'est bon de le savoir ici !

Il m'accompagne vers le ravito. Il me trouve bien me dit-il... Serait ce pour me donner de bonnes « vibes » ? Sûrement... parce que je suis sacrément mal en point !

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Une fois posé au ravito et alors que j'avais juste prévu de manger un peu sans me changer, je dois me résoudre à aller voir les kinés pour mon pied sous les conseils de Lolo... Mieux vaut assurer, il a raison. Le kiné me dit que j'ai certainement une tendinite du releveur, provoqué par l’échauffement du dessus de la chaussure et la pose de la pointe du pied. Il me fait un bon gros strap qui va me permettre de rallier l'arrivée sans trop aggraver le « mal » et de mieux supporter la douleur. Le kiné me rebooste bien le moral, chapeau au passage à l'ensemble des bénévoles qui ont été sincèrement d'une disponibilité exemplaire ! L'UTMB est l'UTMB aussi grâce à eux. Allez, maintenant, il va être temps de repartir, 40 minutes d'arrêt à Vallorcine, c'est déjà bien assez !

Lolo me booste, la prochaine fois qu'on se verra c'est à l'arrivée ! Le jour va se lever, ça devrait me faire du bien. La sortie du ravito est fraîche, La température n'est pas encore très élevée en ce petit matin et cette longue pause m'a refroidi quelque peu. Je compte sur les premiers hectomètres de cette portion pour me réchauffer. Il reste 19km avant de rallier l'arrivée, et la redoutée montée de la Tête aux Vents ! Courage !

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Le sentier longe la rivière, c'est très frais et je ne parviens pas à me réchauffer... je me sens terriblement fatigué et l'esprit divague quelque peu... Je devient de plus en plus sourd aux sollicitations extérieures, j'ai du mal à me concentrer... J'arrive au Col des Montets, plusieurs coureurs dorment sur les bancs qui jalonnent le parcours, il fait jour maintenant et je me déleste de ma frontale, ça me desserre la tête, ça fait du bien. La montée de la Tête Aux Vents débute... C'est très très raide, il faut lever les jambes pour se hisser de bloc en bloc, je n'y arrive pas, les jambes sont tétanisées... ça annonce un sacré chemin de croix cette montée ! J'essaie de m'aider de mes bâtons, le geste est lent et surtout peu assuré. Je monte quand même petit à petit, sans énergie, mon esprit est ailleurs... Suis-je sur l'UTMB ? Qui sont ces gens qui me doublent un à un ? Pour la première fois je me fais peur. Je décide de m'arrêter, je sors mon téléphone et met l'alarme 10minutes plus tard... et je m'affale que le coté du chemin, lamentablement. Je ferme les yeux et je suis déjà loin de l'UTMB, bien au chaud dans mon lit de fortune. Je reprend mes esprits avant que l'alarme ne sonne, je ne sais pas si j'ai dormi, je suis littéralement épuisé. Je remets le sac et repars un peu chancelant. Des coureurs n'utilisent plus leurs bâtons... Je décide de faire de même et cela sera le déclic de la montée. D'un coup, je n'ai plus la préoccupation de m'appuyer dessus, je force uniquement sur les cuisses, je fais monter le cardio ce qui a pour effet de me dynamiser. Je ne me fais plus doubler dorénavant, ce qui psychologiquement me remet en selle. Je m'accroche même à un groupe et finit la montée le couteau entre les dents, je ne lâcherai pas ! Le soleil maintenant domine le Mont Blanc et lorsque nous basculons au sommet, je le vois face à moi comme une récompense, ...une preuve du réel... Je suis bien sur l'UTMB, on se réveille.

Le sentier ne redescend pas tout de suite forcement, nous marchons en balcon et j'aperçois au loin les tentes qui matérialisent le point de contrôle de la Tête aux Vents. J'y arrive enfin, le souffle court mais le pas efficace, enfin comme il peut l'être après plus de 155km de course. Il nous reste maintenant une dernière portion de 3km en balcon également pour rejoindre La Flégère qui est la dernière barrière horaire avant la dernière descente... ça sent vraiment bon, il me reste peut être 2h maximum de course... j'essaie de me concentrer, de rester au contact avec le réel. J'ai un tel sentiment d'épuisement que je me vois partir par endroits... C'est vertigineux mais je ne me sens pas en danger, je réduis la foulée pour bien en rester maître. Les 3kms qui nous séparent de la Flégère me semblent interminables, c'est assez technique avec beaucoup de pierriers. Mon pas est rapide, je cours un peu par endroits, je sens que je suis pressé d'en finir. Une petite bosse où je m'aide des bâtons et ça y est, me voilà à La Flégère ! Je passe le dernier checkpoint ! Plus que 8kms de descente et je suis Finisher !!! Combien de fois je m'étais imaginé ce moment, je m'étais vu déjà pleurer à cet endroit, et là rien de tout ça... je passe tout ça comme si j'étais à coté de l'événement... Alors je me répète cette phrase : « tu es à l'UTMB, profites, c'est gagné ».

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J’enchaîne les lacets de cette descente beaucoup plus technique que je ne le pensais. Plus frais, je l'aurais couru pas de doute, mais là … Je ne me presse pas , de toute façon c'est joué maintenant, que je fasse 40h45 ou 41h15 à la fin ne m'importe peu... Beaucoup de coureurs me doublent, ils sont agiles et je suis impressionné par bon nombre d'entre eux... j'ai encore beaucoup à apprendre... J'arrive au Chalet de la Floriaz que nous connaissons bien avec les gars. Nous nous y étions arrêtés l'année dernière pour y boire un verre avant notre projet ascension du mont Blanc. Ça me rappelle de beaux souvenirs et je me dis que je ne suis vraiment plus très loin de l’arrivée, moins de 45 minutes peut être, sûrement même...

Je croise beaucoup de passants qui me félicitent, j'ai l'impression de revenir du combat, tellement les spectateurs semblent reconnaissants, de quoi je sais pas mais bon, je prends;) ! Chaque encouragement me ramène un peu vers la réalité, je prends la mesure que j'y suis presque maintenant, bientôt je vais quitter le chemin pour le bitume de Chamonix... Allez on s'accroche, on essaie de courir et de se montrer digne... J'arrive à Chamonix ! Je croise les signaleurs, premier rond point, « allez plus qu'1,5km, tu y es », putain, j'ai couru 168,5km ! Allez je trottine maintenant, qu'est ce qui m'arrive ?? dernier kilomètre, je longe l'Arve, rivière qui traverse Chamonix. Je cherche les gars du regard, Jéjé est déjà arrivé, peut être sera-t-il là aussi avec les Lolos ? Marsu a dû jeter l'éponge à Arnuva à cause d'une insolation, sera-t-il là aussi ? Et François, il a carburé il paraît (dans les 200 premiers) ? Mais où sont ils ?

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J'avance dans Chamonix, j’entends les applaudissements, c'est noir de monde, mais je ne vois pas les gars, c'est eux que je veux voir ! Je cherche à gauche, à droite, peut être y-a-t-il eu un problème et je ne verrais personne... Je remonte la rue du magasin Ravanel, virage à gauche, j'avance, personne... je suis sourd aux applaudissements... Et là, stupeur... je mets ma main devant ma bouche, l’émotion est indescriptible, je les vois... J'explose en sanglots ! C'est fou ! C'est magique, ils sont tous là, je ne peux plus retenir mon émotion, je revis, je suis à l'arrivée de l'UTMB et mes amis sont là ! Comment retranscrire ça par écrit... J'en tremble sur mon clavier. Je me rapproche d'eux, on se serre dans les bras, c'est magnifique, je pleure comme un gamin, comme toujours me direz vous;). Je les quitte pour faire le dernier virage et je les retrouve juste avant mon arrivée. Un dernier check, c'est mon arrivée, ça y est, je profite, à quoi je pense, je ne sais pas ! A toute la préparation nécessaire pour cet événement, à Charlène et à Gaëlle qui sont avec moi dans mes pensées, à ma famille... A cet effort fourni pendant 41h02, à ces 169km, à ces 10000m de Dénivelé positif...

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Voilà pourquoi j'aime ce sport, pour ce profond sentiment de dépassement où on ne peut pas tricher avec soi même... Cette ligne d'arrivée est magique, je retrouve les gars à l'arrivée, on s'échange nos impressions, j'appelle mes proches qui n'ont pu être là et je pleure en leur annonçant l'issue magique de cette finishline...

Mon UTMB 2015: ... plus loin que la raison

Je finit à la 806ème place sur 2500 au départ, 41h02 d'effort indescriptible. Bravo et merci à tous pour cet UTMB, à Jéjé, aux François, à Nico, à Laurent, à Claude et Martine, bref à tout le monde, finishers ou non:), à tout ceux qui m'ont suivi et soutenu via le net et puis un merci spécial à LolodeBordo, assistant de Jéjé qui m'a soutenu dans les moments difficiles, et puis pour finir à MON ASSISTANT adoré, à Lolo, sans qui, vraiment, je n'aurai jamais pu finir cet UTMB. Cette finishline on la partage tout les deux mon Lolo, merci à toi !

Mon UTMB 2015: ... plus loin que la raison

Si au moment où j'ai commencé ce blog, j'avais imaginé écrire sur mon UTMB...Merci à vous

JF 24/07/2016 19:46

Merci pour ce récit. Ca aide énormément quand on se prépare à qq jours du départ. Encore bravo !

Julien 24/07/2016 21:04

Merci à toi et bon courage pour ce sacré voyage qui t attend

Eric 23/05/2016 23:10

Magnifique récit, tu me donnes encore plus envie de le faire cet UTMB, mais la route est longue avant d'y arriver ;)
Bravo à toi tu peux être fier!

Nono2765 02/03/2016 14:37

Chapeau bas Julien, j'ai eu les yeux larmoyants sur la fin de ton récit. Mais quel beau récit !!!!
C'est tellement bien conté que l'on s'imagine pleinement être à tes côtés. Merci pour cet instant de bonheur.

Julien Leroy 02/03/2016 15:34

Merci

Val' 16/09/2015 16:35

Un IMMENSE BRAVO Julien ! Ce récit nous éclaire sans ambages sur cette épreuve, ultime rêve de nombreux passionnés, qui n'ont cependant ni les jambes ni le mental à parcourir autant de kilomètres en si peu d'heures. Admirative je le suis. Admirative je le reste. Sportivement Val'

Julien Leroy 16/09/2015 18:01

Merci pour ce tres gentil retour

Julien Leroy 16/09/2015 17:56

Merci

Jean-Robert 14/09/2015 19:34

Très très beau récit,super bien détaillé avec des détails il est vrai que beaucoup de films et autre que j'ai vu ne soulignent pas tel le bruit des gens qui vomissent et râlent en pleine nuit...et cela démontre très bien la difficulté de cette course et l'immense volonté qu'il faut pour la terminer.Ce serait mon rêve une fois de la faire mais il faut passer par beaucoup de courses qualifiantes ce qui demande une grande motivation et organisation.
Toutes mes félicitations pour et grand respect d'un petit trailer de 55 berges BRAVO

Jean-Robert 15/09/2015 22:56

Merçi pour ta réponse qui confirme donc ce que je pense et encore félicitation pour ton UTMB et bon trail a venir.

Jean-Robert 15/09/2015 18:44

P.S. je me suis trompé j'ai posté au mauvais endroit,ma réponse est juste dessous.
Excuse.

Julien Leroy 14/09/2015 21:18

Merci beaucoup pour ton message ! C est vrai que l utmb demande beaucoup de sacrifices mais le jeu en vaut je pense la chandelle, il y a 4 ans je ne courais pas donc tout est possible

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