Marathon de La Rochelle: En route...

Coup d'œil à la montre, comme un geste frénétique depuis des kilomètres, pour se rassurer que l'on court bien à la même allure depuis des heures... Non, ce serait idiot de résumer le marathon à cette unique image...
Je suis marathonien, désormais depuis dimanche dernier. J'ai une valeur qui s'étalonne autour des 3h26. Cela fait de moi un coureur lambda, certes, mais un marathonien. Laissez moi donc vous raconter ce qui s'est passé pendant ces 3h26, à La Rochelle, en ce dimanche ensoleillé de novembre.

 

 

Tout commence toujours par un bon weekend d'amis qui se retrouvent avant tout. Il y a des bons repas, des rires, du stress d'avant course, des pronostics... Il y a ce quelque chose qui relativise ce qui nous attend, après tout on ne va que courir pour certains, 10kms, un Marathon...
Alors j'écoute les conseils des (vieux) briscards qui ont déjà vécu cette expérience du marathon, tels des combattants aguerris qui préparent un jeune soldat fraichement sorti de la caserne... Je donne le change en prenant l'air détaché mais intérieurement la pression monte. Vous me direz, j'en ai vu d'autres, j'ai fait des ultra, c'est vrai, mais le marathon c'est un peu le graal du coureur. Etre finisher ne suffit pas... il y a ce chrono... Ce satané chrono.
Alors ça cause allure au kilomètre; "pour faire 3h30, il faut que tu sois en moins de 5mn au km, et passer au semi en 1h45... etc" ... Les stratégies s'élaborent, le parcours est disséqué, l'assaut va pouvoir commencer.

 

Les affaires ont soigneusement été préparées la veille et je vous passe les détails des "et toi tu pars en short ? Tu mets quel maillot? Manches courtes ou manchons ? ... " Nous sommes prêts à nous rendre vers le départ après un bon petit déjeuner qui a des allures de dernier repas du condamné... L'organisation est bien huilée, il y aura une voiture pour les marathoniens, une pour les 10kms, une pour les accompagnants.
Nous sommes 4 à être sur le marathon et il y a deux lieux de départ distincts afin d'éviter l'engorgement au départ, car nous sommes près de  6000 à nous élancer sur cette distance mythique. Je suis avec Jéjé sur le départ avec les seniors et les M1. Daniel et Vinc sont sur le départ des M2 et plus. Le vent est frais, c'est le moins qu'on puisse dire, alors on se réchauffe en trottinant aux abords du sas de départ.

 

 

Il est temps de prendre place dorénavant. Nous ne sommes pas très bien placés car on aperçoit le drapeau des 3h45 devant nous. En effet, sur ce marathon, il y a ce qu'on appelle des meneurs d'allure, des gars réglés comme des horloges avec un drapeau dans le dos qui courent à l'allure inscrite (ex: le mec qui a 3h45 dans le dos franchira la ligne en 3h45).
C'est la musique du départ qui résonne maintenant, nous voilà partis pour 42,195 km ! D'entrée, je perd mon Jéjé avec cette foule, c'est assez impressionnant ! Je passe les sacs poubelles jetés au départ, pas grave, y aura des gens pour nettoyer après, ben voyons...
Premier objectif, essayer de rattraper ce maudit drapeau des 3h45... problème, j'ai l'impression de ne pas être le seul à courir vers lui, le bougre ! Alors ça zigzague pas mal entre les coureurs, et les premiers kilomètres défilent !!! Tout doux, il va falloir tenir et je tente de m'économiser un maximum, les jambes répondent, c'est bon ça !
Je retrouve Jéjé au bout de quelques kilomètres, une présence qui me rassure, moi petit hobbit traileur au milieu de ces fadas du macadam ! L'ambiance est bonne, il ne s'agit pas de cultiver l'antagonisme traileur/coureur non plus ! Je m'installe dans une allure autour de 4mn50 au kilomètre pour les connaisseurs, ça va vite pour moi, mais je suis confiant. Nous passons d'ailleurs les 5 premiers kilomètres en 24mn07.
Le soleil est maintenant bien présent et je me déleste de mes manchons. Le parcours emprunte des routes intramuros, avec des passages sur le port, dans différents quartiers, dans des ruelles froides... mais avec beaucoup de spectateurs et de nombreux groupes de musique aussi pour détourner le regard et l'attention vers le chrono !
 

Le passage sur les ravitos est impressionnant, il y en a un tous les 5 kms.  Deux grandes lignées arborent la route, avec des panneaux: eau, glucose, gazeux, etc. Et là c'est la foire, entre ceux qui attrapent un verre en courant et qui le jettent en ignorant les immenses poubelles qui ferment le ravito, ceux qui s'arrêtent et qui coupent la route aux pressés... C'est la course ! Et au diable le civisme, pourvu qu'on arrive fièrement au bureau lundi matin avec le beau chrono qui va bien !
Bon revenons à ce marathon, il est temps de repenser à bien courir et à profiter de cette belle ambiance malgré tout, de ces bénévoles aux petits soins... Je suis toujours avec Jéjé, ce qui relève du miracle dans cette cohue ! Nous passons les 10km en 48mn14. Tout va bien, l'allure est identique depuis le départ, à la seconde près !
Le temps est beau, il fait doux maintenant, c'est une sensation agréable qui m'envahit désormais, la dernière course de l'année, une bien bonne volée d'endorphines... Ne pas s'enflammer. Nous passons les 15km en 1h12mn39s et le parcours nous fait repasser par un centre ville gorgé de spectateurs, que c'est grisant !

 

Arrive bientôt le passage au semi, et nous passons devant le meneur d'allure des 3h30, est ce raisonnable moi qui voulais faire une première partie de course prudente ? Je me sens vraiment bien et puis il y a moins de coureurs, alors on passe devant afin d'être plus tranquilles. Je passe la banderole du semi en 1h42mn09s. On croise d'ailleurs les filles qui nous encouragent, ça fait chaud au cœur, elles nous glissent au passage que tout les copains inscrits au 10k ont bien fini. Super ! A nous maintenant de jouer sur cette deuxième boucle du marathon !
Je suis surpris de pouvoir maintenir une allure quasi similaire depuis le départ, à environ 12,5km/h de moyenne. Même sur mes footings d'entrainement, je ne maintiens jamais cette allure, vais-je le payer ? Il y a, je pense, un effet entrainant dans ce marathon, c'est indéniable, on se sent porté par le flot des coureurs. Ce que, pour le coup, on ne vit pas en trail, où le "combat" (s'il y en a un) est je pense beaucoup plus intérieur.

 

Arrive maintenant le panneau des 25km que l'on passe après 2h00mn54s. La foulée est certainement moins légère, je m'efforve de rester le plus détendu possible dans ma gestuelle. Les cuisses font mal depuis assez tôt dans la course, l'effet macadam sans doute. Avec Jéjé, on s'inquiète l'un de l'autre, c'est réconfortant d'autant que l'on croise les premiers coureurs à la peine. Et oui, c'est normal, me direz vous, on arrive à ce fameux MUR des 30km.
2h25mn20s. 30km de parcourus, fatigué ? Normal après deux heures d'effort mais le corps répond toujours. Je tourne au coca tous les 5km, ça me réussit plutôt bien aujourd'hui. Pour l'alimentation solide, on repassera par contre, je ne vais pas prendre de risque. Nous maintenons notre allure, nous passons des coureurs depuis le début de la course et nous voilà au panneau du 35ème km en 2h49mn11 (23mn51, soit notre 5km le plus rapide du marathon).
Et c'est là que les choses vont commencer à se corser, inévitablement. Je commence à tirer la langue et maintenir l'allure devient de plus en plus difficile. Je m'accroche cependant à Jéjé, si je le lâche, c'est mort, je vais m'écrouler. Je tente de dévier la douleur, en causant un peu... Les kilomètres sont long, "on a fait bien plus dur" me lance Jéjé pour m'encourager, il a bien senti que la fin de course devenait difficile pour moi !

Je m'accroche comme je peux, mais on va moins vite, c'est sûr. Il reste quelques kilomètres, je décroche même un peu Jéjé et me laisse gagner par l'idée de finir tranquillement... Mais c'est sans compter sur mon compère, qui s'apercevant que j'avais laissé quelques coureurs entre nous, me relance en me disant qu'on finira ensemble. Alors pour ne pas entrainer Jéjé dans ma "capitulation", je serre les dents et ne le quitte plus ! Putain, que  c'est dur !
Nous sommes sur le port, dernier kilomètre, ça sent bon comme on dit ! Nous sommes sur la fin et voici le tapis bleu qui annonce les derniers mètres au détour du dernier virage, les filles sont là et nous encouragent !
On passe enfin la ligne ! 3h25mn54, 1180ème/6000 coureurs. Je suis marathonien et je me laisse gagner par la satisfaction du devoir accompli ! Mon Jéjé m'aura bien porté, merci à toi !!! Daniel et Vinc' en terminent quelques minutes plus tard ! Finishers fourbus nous sommes, mais finishers quand même !

Un grand merci à tous ceux qui m'ont suivi sur cette aventure Rochelaise, un grand merci aux copains pour ce fabuleux week end de sport et de rires, et à ma chérie pour m'avoir encouragé et accompagné !
La saison sportive s'achève là, une fois n'est pas coutume, sur la route. Cette année aura été pleine de belles expériences, avec de beaux dossard encore ! C'est une chance de pouvoir faire tout ça, de pouvoir profiter pleinement de sa passion, avec enthousiasme je l'espère et l'envie, sincère, de la partager avec chacun d'entre vous !
Alors bonnes fêtes de fin d'année ! 2017 arrive avec, encore, de belles courses à venir !

François 06/12/2016 02:54

Bel article Julien ! C'était mon premier marathon également et j'en garde un super souvenir. L'ambiance m'a agréablement surpris je m'attendais davantage à un esprit de compétition . C'était plutôt convivial, en comparaison j'ai trouvé que les Templiers étaient vraiment tournés vers la performance. Niveau ressenti, les longs boulevards en faux plat avec le vent de face ont fait du mal quand même ! La posture est compliquée à garder. Bref... Merci pour tes articles, c'est toujours enrichissant d'avoir l'expérience des autres. Prochain gros objectif pour moi : les 120km du GRP

Julien Leroy 06/12/2016 07:27

Merci François, bel objectif sue ce tour des cirques, je l ai fait en 2014, il u a un article sur le blog si ça t interesse

Sebastien 05/12/2016 11:31

Super récit, es tu sur STRAVA?

Valerie 02/12/2016 06:10

Merci Juju pour ce compte-rendu si juste. Chacune de ces remarques et réflexions reflète EXACTEMENT ce que tout marathonien ressent, de la révolte des sacs jetés à la douleur des derniers km et cette envie de capituler, en passant par la force de l'amitié pour y renoncer.
Bravos à vous quatre pour cette belle perf' : une de plus . Décidément 2016 vous aura couronnés !
Val'

Julien Leroy 02/12/2016 07:22

Merci val pour ce joli commentaire !

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